Il était une fois, il y a bien longtemps, une fontaine dite la froide. Non loin d'elle, dans les hauteurs sauvages du Col du Fouchy, se dressait un fier château. Il était si haut que ses tourelles touchaient le ciel et se mêlaient aux oiseaux. Il était si beau que la foret sévère semblait avoir été placée là par les fées comme un écrin sombre destiné à rehausser son éclat rose. Le seigneur du Fouchy vivait là entouré de ses deux filles, Ingrid l'aînée, brune et douce, Hérade la cadette, blonde, secrète et passionnée. Le seigneur ne pouvait que se louer de la beauté et de la sagesse de ses deux filles. Se sentant las et malade, il se décida pourtant à les marier. Le Comte Ralph qui l'avait appris, vint donc faire sa demande, attiré par la réputation de beauté des deux sœurs. Le Comte Ralph était puissant et le seigneur du Fouchy lui accorda la main de son aînée. Celle-ci, éploré, quitta donc son père et sa sœur qu'elle aimait tendrement pour suivre son nouvel époux. Hérade resta ainsi seule pour soigner son vieux père dont la santé déclinait de jour en jour. Décidant un matin d'aller lui quérir des fleurs pour égayer son chevet, elle rencontra en foret un bel et noble étranger. Ébloui par l'éclat de la jeune fille, le jeune prince Manfred, tel étai son nom, lui dit :

- "Belle et jeune dame, entraîné comme je suis depuis deux jours par la chasse, me serais-je égaré au royaume des fées pour contempler céans telle beauté ?"

Hérade, émue et amusée 'sourit au beau veneur.

- "Je ne suis pas fée, mais Demoiselle de Fouchy et vous êtes égaré sur les terres de mon père."

- pour l'amour de vous, demoiselle, permettez-moi de ne plus quitter ces bois tant que votre père ne m'aura accordé votre main..."

Hérade lui répondit tendrement:

- "Cueillons ensemble quelque fleurs car je dois retourner vivement, mais je vous promets de revenir bientôt vous quérir près de cette froide fontaine pour vous présenter mon père."

Revenue fort tard au château, Hérade eut la surprise de trouver la cour pleine de chevaux et de cavaliers. Sa sœur, en larmes, accourut vers elle et lui appris la triste nouvelle:

- "Hérade, Hérade, père est mort, venez vite".